Petit traité de fugues
Où l’on explique les idées, les envies à l’origine de Fugues.
Ce projet part d’abord d’un constat simple. Pour beaucoup, la musique classique, ses publics et ses musiciens, semblent vivre en vase clos, déconnectés de la réalité du monde moderne. Ils souffrent d’une image académique, désuette, parfois ringarde, qu’il est facile de comprendre. Il semble en effet à priori absurde d’imaginer que dans les prochains siècles des musiciens vont continuer à consacrer leur vie à essayer d’enregistrer la meilleure version des Variations Goldberg ou de telle pièce d’un répertoire désormais figé dans le temps, compris en gros le début de la Renaissance et les premières décennies du XXème siècle. Quelqu’un qui n’aurait jamais entendu une seule pièce de Bach ou Beethoven, un seul morceau du répertoire classique, peut légitimement se poser la question : pourquoi continuent-ils à jouer toujours la même musique? qu’est-ce que cette musique me dit de l’époque dans laquelle je suis en train de vivre (si ce n’est que, sociologiquement, certains schémas de reproduction sociale semblent avoir la vie dure) ?
Bien sûr, la musique classique, pour ses pratiquants, ses acteurs, n’est pas du tout si figée. Ses musiciens portent souvent un regard très moderne et diversifié sur leur répertoire, entretenu par des découvertes musicologiques très importantes ces dernières décennies, qui en font un monde très vivant, mais paradoxalement toujours distant du notre. On pourrait aussi parler des quelques tentatives de réconcilier répertoire classique et musiques actuelles (même si trop souvent malheureuses …), mais, globalement, tout ça ne change rien à ce constat : ce que l’on appelle musique classique n’est pas la musique de notre époque, et il semble dur de trouver des véritables points de rencontre, en dehors des institutions et salles de concerts spécialisées, entre ces deux mondes, ailleurs que dans des objets de fantasme, ailleurs que dans le cinéma par exemple.
Pourtant, si les musiciens souffrent souvent d’une image distante et vieillote, il faut ajouter à cela que le regard que porte traditionnellement le cinéma, ou la télévision, sur la musique classique, semble quant à lui complètement paralysé dans des codes rigides et formatés, qui ne rendent pas compte de sa vivacité, de sa modernité, enfermés dans la captation de concert. Il est d’ailleurs intéressant de constater à ce titre que le cinéma est devenu un art populaire et une industrie à la même époque que les compositeurs classiques se sont, eux, retranchés dans le champ expérimental de la musique contemporaine, plus élitiste et par conséquent moins accessible. Il n’a depuis cessé de se nourrir du répertoire classique, sous diverses formes. Toutefois, lorsque le cinéma s’intéresse directement à la musique classique (et non pas uniquement en tant que bande son de film), hormis certaines expérimentations, passionnantes mais bien trop rares, il ne semble pas parvenir à nous faire changer de regard sur notre propre monde, à nous provoquer. Sans trop exagérer, on peut dire que l’image semble elle aussi avoir du mal à parler de notre réalité lorsqu’elle s’intéresse à la musique classique. Ce constat est à la base de notre démarche avec Fugues.
INTENTIONS
Notre idée est très simple : parce que nous aimons le répertoire classique et ses musiciens, que nous souhaitons révéler leur modernité, nous voulons filmer la musique classique et ses plus grand interprètes dans des lieux de la vie quotidienne, loin des salles spécialisées et de leurs publics avertis, préparés. Et essayer, sans prétention, de faire de beaux films avec ces expériences.
Entre des happenings et des vrais concerts, chaque tournage essaiera de conserver toujours une part d’improvisation, pour permettre à des rencontres improbables d’avoir lieu, tout en garantissant à chaque fois un confort de jeu aux musiciens et d’écoute maximum, pour que les musiques puissent s’exprimer le mieux possible, comme pour des concerts.
Nous souhaitons réfléchir pour chaque épisode à la rencontre entre un lieu spécifique et un répertoire particulier. Chaque lieu a sa fonction, sa propre vie, son rythme, son ambiance sonore, ses occupants, tout comme chaque répertoire possède ses propres couleurs, rythmes, tonalités. Le but est de trouver des liens étonnants entre des formations musicales, des musiques et des lieux, qui créent des surprises, des accidents, des rencontres.
MODES DE REALISATION
Pour éviter un côté trop « clipesque », qui créerait trop de distance par rapport à la performances, les films adoptent un point de vue proche du documentaire : tous les sons sont IN, il n’y a pas plus d’une ou deux prises.
Travailler des dispositifs de réalisation différents pour chaque lieu. De longs plans séquences en travelling éloignés pour certaines pièces, des plans plus intimistes et rythmés pour d’autres. Nous aurons réussi si nous parvenons à créer des formes simples et évidentes pour chaque film. Le but de la série est bien sûr avant tout d’amener cette musique à des publics qui ne la connaissent pas, au plus grand nombre, en évitant de faire des expériences trop expérimentales, proches de la fiction, qui pourraient paraître prétentieuses, ce qui n’est pas notre propos.
PROGRAMMATION
Pourquoi se limiter à la musique classique ? Qu’entend-on par musique classique ?
La série souhaite avant tout aborder le répertoire classique, c’est à dire allant du début de la Renaissance au début du XXème siècle. Une musique d’une richesse et d’une diversité incroyables. Plus tard, dans un second temps, nous explorerons également des répertoires plus contemporains, expérimentaux ou bien de musiques dits du monde, et plus largement en s’élargissant finalement à toutes les formes de créations musicales actuelles instrumentales et acoustiques acoustiques, du moment qu’elles relèvent toujours de ce que l’on appelle les musiques sérieuses ou savantes, en opposition aux musiques populaires, ce qui est une des définitions de la musique classique.
