Arte déplace l’opéra lyrique dans la ville
Des tentatives de confronter la musique classique et ses interprètes à des lieux de la vie quotidienne, en dehors des salles de concert et des institutions, ont déjà eu lieu, dans le cadre de happenings ou de concerts uniques. Cette série d’articles dresse un état des lieux de ces expériences souvent proches des intentions de Fugues.
Arte, en coproduction avec SF1 ,a expérimenté un programme très intéressant en filmant des représentations en direct de grands opéras lyriques dans des lieux étonnants. Des programmes très ambitieux, qui nécessitent une grosse production. Il y a d’abord eu en 2008 La Traviata dans la gare de Zurich , puis l’année dernière La Bohème en banlieue .
LA TRAVIATA DANS LA GARE DE ZURICH
Vous pourrez en savoir plus ici sur le site d’Arte ici. L’opéra était retransmis en direct, au milieu de la parmi les voyageurs : 16 caméras HD, 15 kilomètres de câbles, 105 projecteurs et 150 micros… On est bien loin du format de Fugues mais l’idée est pourtant très semblable. Le trafic ferroviaire a été maintenu, la vie de la gare perturbée mais pas arrêtée pendant la représentation. Même s’il y a bien une scène, délimitée et séparée des espaces publics, que l’espace est profondément transformé (mais comment faire autrement sur un projet d’une telle envergure ?), on voit bien aux expressions de certains passants hébétés que la situation est extraordinaire.
Je n’ai pas pu voir malheureusement le programme à l’époque mais j’ai retrouvé l’intégralité de la performance de la vidéo en dessous. La qualité reste mauvaise mais ça donne une très bonne idée de la de la performance et de la réalisation. Vous pourrez trouver des articles plus détaillés ici, ou bien là.
La réalisation et la mise en scène sont assez intéressantes, et il faut en tout cas leur reconnaître l’immense qualité d’avoir réussi à retransmettre la performance en direct, d’une manière très originale et d’une bonne qualité pour le public sur place aussi bien que pour les spectateurs du film. Ceci a été rendu possible par l’utilisation de certains moyens techniques particuliers pour ce genre de tournage, notamment la Spidercam, caméra suspendue à des fils, permettant de faire des plongeons en avant très longs, sur d’immenses surfaces, apparemment construite à l’occasion du film Spiderman en 2002 (même si Kalatazov l’avait déjà utilisé en 1964 dans le génial Soy Cuba, ex ici dans ce plan séquence vertigineux).
LA BOHEME EN BANLIEUE
L’année suivante, l’expérience a été renouvelée avec brio avec la représentation, toujours en direct, de la Bohème de Puccini dans la banlieue de Berne. Là aussi, vous pourrez retrouver certaines infos techniques, des entretiens en coulisse, ici sur le site d’Arte.
Deux choses m’ont particulièrement intéressé dans ce programme, en dehors de la musique et de l’interprétation (j’ai toujours eu du mal à apprécier les œuvres de Puccini et Verdi, et ça n’est pas vraiment le sujet de cet article).
D’abord, le concert était retransmis en direct sur la tv et sur Internet, un espace de live blogging permettait même aux spectateurs de réagir et débattre en direct, en même temps que sur Twitter. Tout ceci conférait une grande vitalité à la pièce, visible par un très large public, qui rendait l’expérience très immersive. Le dispositif était véritablement innovant pour le spectateur qui suivait l’opéra en direct à travers un flux multicam en streaming. Le player video (visible en dessous) permettait de suivre le flux de pas moins de 7 caméras en direct, chacune ayant un rôle particulier : coulisses, scènes, points de vue différents, en même temps. Le spectateur faisait le montage de son spectacle en direct, selon ses envies.
Ensuite, le traitement, quasi journalistique, de la couverture de l’opéra par la chaîne était très intéressant, entre documentaire et événement en direct. Certains journalistes interviewaient de temps en temps les chanteurs comme s’ils étaient les vrais personnages de l’opéra, et non plus les interprètes, ce qui opérait un basculement intéressant pour le spectateur. Cette idée de basculement, passionnante, est d’ailleurs une des idées fortes que nous souhaitons développer avec Fugues, inspirée notamment du traitement et de l’ambiance des faux documentaires géniaux de Peter Watkins (La Bombe, Punishment Park, Culloden, La Commune, etc), toute proportion gardée.
J’aime beaucoup l’idée du générique de la barre HML qui s’envole. Voici deux extraits de la performance, et une vidéo sur les répétitions et les coulisses.
En tout cas, cette expérience est très prometteuse, absolument passionnante et nous donne beaucoup d’idées pour Fugues, en mélangeant des répertoires différents, dans d’autres contextes. Ces initiatives sont précieuses et méritent d’être soutenues. La suite, vite !
