Fugues…

Mort à cinq voix – Herzog & Gesualdo

Cette série d’articles s’intéresse aux liens étroits entre le cinéma et la musique classique, non pas lorsque celle-ci est utilisée simplement comme bande son, illustration des images, mais lorsqu’elle devient l’objet principal d’un film ou d’une scène.


#01 – Mort à cinq voix : Herzog et Gésualdo

Ce premier article s’intéresse au travail de Werner Herzog sur la musique, et particulièrement dans le cadre du film qu’il a consacré au compositeur Carlo Gesualdo, intitulé Mort à cinq voix (Death for Five Voices). Une des ses réalisations qu’Herzog affectionnerait le plus. Le film évoque l’histoire mystérieuse et mouvementée de ce prince et compositeur italien du XVIème siècle, célèbre notamment pour avoir tué sa femme et composé une musique vocale extrêmement riche. Autant de bons ingrédients scénaristiques pour Herzog.

Le réalisateur revient sur lieux de vie (et de crime) de Gesualdo. La caméra se déplace dans le magnifique palais, aujourd’hui à l’abandon, du compositeur, dans le petit village éponyme en Campanie. Herzog revisite les légendes autour du compositeur en interrogeant les habitants du village et des experts, historiens, mais opère plusieurs décrochages narratifs en insérant des scènes de fiction. Notamment, plusieurs passages avec les fantômes de ses anciennes femmes, métamorphosées en sopranos, qui errent dans le palais en chantant, et en témoignant face caméra…

Comme dans le cadre d’un docu-fiction. Même si c’est dérangeant au premier abord, la proposition reste très intéressante,  ce que montre bien ce premier extrait, dans un long plan-séquence en mouvement dans le palais.

Herzog ponctue le documentaire de nombreux intérmèdes musicaux, dans lesquels il filme des concerts de certains madrigaux ou motets de Gesualdo. Ces pièces vocales hallucinantes, ici filmées classiquement, comme une captation de concert sans public, sont l’occasion de redécouvrir ces chefs d’œuvres de chromatisme et de mystère, qui semblent n’appartenir à aucune époque.

Les pièces purement vocales sont magnifiquement interprétées par le Gesualdo Consort.

Malgré tout, en voyant ces vidéos, la musique me semble toujours beaucoup plus forte, plus puissante, que les images. Même s’il y a certains beaux mouvements de caméra, on ne ressent pas toute la violence du chant de Gesualdo et un sentiment de décalage finit par se créer, comme si la musique n’avait pas assez de place, paralysée par ces longs plans sur ce qui semble être « la captation de la préparation et de la fabrication de la musique », et non la musique elle même. Malgré toutes les qualités de ce film, d’Herzog et des interprètes, je n’arrive pas à m’empêcher d’avoir le sentiment d’être en coulisse.

Une petite sélection de pièces jouées par le très bel ensemble Il Complesso Barocco, sous la direction d’Alan Curtis, toujours dans le film d’Herzog. On ne se lasse pas de ces chants torturés et magiques, qui nous donnent bien envie d’en faire le prétexte à un épisode de Fugues !!

Il ne faut pas oublier que le réalisateur de Fitzcarraldo,  qui raconte l’histoire d’une adaptation impossible d’un opéra dans la jungle amazonienne, de Aguirre, et de nombreux autres documentaires merveilleux, met aussi régulièrement en scène des opéras. C’est pourquoi il a réalisé un documentaire en 1995 intitulé La Transformation du Monde en musique, sur les coulisses du festival de Bayreuth. Il semble cependant très dur de trouver des images de ce film….

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